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I
L'auteur juif
Question : comment pouvez-vous dire que Jésus est venu pour laver les hommes de leurs fautes et pour les faire sortir de la géhenne, alors qu'en étant mis à mort, il accroît la faute des Juifs qui l’ont crucifié ? Car on ne peut trouver plus grand péché que de pendre un Dieu (au bois).
Calvin
Question en retour : comment la Loi est-elle dite donnée pour le salut, alors qu'elle accroît et les transgressions, et la mise en accusation ? C'est en effet un fait établi que les Juifs ont aussitôt annulé le pacte de Dieu et, en violant la justice de la Loi ont d'autant provoqué la colère de Dieu envers eux-mêmes. Ou mieux, examine comment le pacte d'alliance de Dieu - qui fut un témoignage unique de bonté et une adoption par laquelle Dieu se réserva les fils d'Abraham comme sa part à Lui - comment ce pacte d'alliance a été à nouveau pour beaucoup occasion de perdition. Ainsi Ezéchiel (16,53) déclare qu'Israël est pire que Sodome et Gomorrhe pour cette seule raison qu'il a méprisé le salut qui lui était offert. De là il est clair que pour ces chiens pervers plus rien d'autre ne les préoccupe, sinon de maudire. A leur question, il est donc facile de répondre que, certes, le Fils de Dieu est venu apporter la lumière de vie, mais d'abord aux Juifs et ensuite au monde entier, et que, depuis le commencement, tant les Juifs que la majeure partie des humains ont, par leur malignité, retourné la lumière en ténèbres. Il n'est ni étonnant ni nouveau que les humains mésusent ainsi de la grâce de Dieu pour rendre funeste ce qui était destiné à leur salut. En tout cas, lorsque Dieu promet qu'il sera rédempteur du peuple, il fait en même temps savoir aux royaumes d'Israël et de Juda qu'il sera aussi pierre d'achoppement. Comment cela tient-il ensemble, sinon du fait que c'est en vérité et non de manière trompeuse que Dieu offre sa grâce, et que de là dépend le solide bonheur du peuple ? Mais incrédules, aussi longtemps qu'ils la rejettent, ils se causent à eux-mêmes une double perte - l'exemple de cela se montre en David, qui fut fait roi à cette fin que, de lui, provienne ultérieurement un Messie, et qui cependant se nomme « pierre rejetée par les principaux architectes » (Ps 118,22).A cela s'ajoute le fait que dans la personne de Jésus, notre Messie, rien n'arrive que les prophètes n'aient d'avance annoncé aux Juifs au sujet du Messie - et notamment Isaïe qui, voulant magnifiquement exalter à quel point la grâce serait donnée à son peuple à travers les propres mains (de Dieu), commence à parler ainsi : « Qui croira à notre parole ? Et le bras du Seigneur à qui a-t-il été révélé ? » (Es 53,1). Or un peu avant il affirme que le Messie réconciliera les hommes avec Dieu afin qu’ils soient sauvés, mais en s'écriant tout d'abord qu'une grande partie d'entre eux, à cause de leur cécité, se verra privée d'un tel bien, car la force de Dieu sera pour eux ensevelie et ignorée. A un autre endroit (Es 49,6) il conjoint ces deux choses encore plus clairement (en annonçant) : c'est trop peu que le Messie restaure la désolation d'Israël, il doit encore être salut de YHWH jusqu’aux confins de la terre - cependant une restauration complète d'Israël ne se fera pas, car une grande partie ne reviendra pas à Dieu.En somme les Juifs parlent de telle manière que c'est comme si leur peuple n'avait jamais été ingrat envers Dieu, comme si du remède (de Dieu) il n'avait jamais fait un poison mortifère. Certes, lors de l'exil babylonien, Dieu, en leur promettant exode et liberté de retour, produisit une mémorable preuve de grâce à l'endroit de leur salut. Pourtant, par un impie mépris, la plus grande part répéta sa faute et donc la mise en accusation : il eût été de loin préférable pour eux de n'être point rachetés, plutôt que de rejeter et de ramener à néant une telle faveur de Dieu. Mais il fallait que de cette façon soit accomplie la prédiction d'Isaïe : « Ton peuple serait-il comme le sable de la mer, seul un reste sera sauvé » (Es 10,22). Et, pour terminer : la rédemption fait d'abord voir clairement que la grâce offerte par Dieu ne profite pas toujours aux humains, et qu'elle devient plutôt, là où elle fut indignement profanée, doublement néfaste. Dieu, certes, fait sortir le peuple par la main de Moïse pour être le Libérateur de tous. Nous savons toutefois, par d'effroyables exemples de vindicte, qu'il en a fréquemment foudroyé plusieurs milliers - à part deux exceptions, ce nombre immense périt, misérablement consumé dans le désert. N'aurait-il pas mieux valu pour ces réprouvés n'être jamais sortis d'Egypte ou même n'être jamais nés, plutôt que d'être ainsi terrassés par la main de Dieu ?
II
L'auteur juif
Question : il est écrit en Matthieu « Je ne suis pas venu pour retrancher, etc... » ; mais dans la Loi de Moïse nous avons : « et le huitième jour on circoncit la chair de son prépuce », ou encore « tout commandement que Je te prescris aujourd'hui tu l’observeras et le mettras en pratique, n'y ajoute ni n'en diminue rien » - relativement à quoi, s'il en est ainsi, le fait est établi que (Jésus) a dissous la Loi de Moïse.
Calvin
Question en retour : alors que la Loi de Moïse interdit d’accomplir une œuvre quelconque le septième jour, comment peu-il ce jour-là ordonner de circoncire les enfants mâles. De même, comment Moïse peut-il ordonner qu'un seul jour surr sept soit rendu saint pour Dieu, alors qu'Isaïe (66,23) promet sous le règne du Messie des shabbats continus et des néoménies continues ? Pourquoi, sinon parce que Dieu montre dans la circoncision que ses œuvres, Il les tire de la loi commune ; et qu'Isaïe, en promettant quelque chose de nettement plus éminent que ce qui a été présenté aux Juifs sous la Loi, donne à comprendre que le commandement au sujet du shabbat était l'ombre (de choses à venir).
Il existe cependant une manière plus complète de résoudre la question. Tandis que Dieu veut que des sacrifices lui soient offerts sur un unique autel, Isaïe promet que, sous le règne du Messie, il y aura des autels en Egypte et en Assyrie. Alors qu'il eût été sacrilège de chercher la Face de Dieu et de lui offrir des sacrifices ailleurs qu'à Jérusalem, Isaïe dit en effet qu'un temple lui sera élevé en Egypte (Es 19,19). Et Malachie lève toute discrimination de lieux par ces paroles :
« en tout lieu un sacrifice d'encens est présenté à mon Nom » (Mi 1,11). Certes, cela montre un clair changement du culte extérieur sous le règne du Messie, mais la Loi n'est de cette façon aucunement dissoute, ni un seul trait d'elle diminué. Ou plutôt la vraie sanction de la Loi est ceci : les figures anciennes de la Loi n'étaient pas un spectacle vide offert aux regards, mais une mise en lumière de leur substance signifiante dans le Messie. Maintenant, si nous devons voir dans quel but Dieu a institué le shabbat c'est un fait qu'il le fut en tant que symbole de sanctification, comme on l'apprend par Moïse et Jérémie, Il s'ensuit donc que ce commandement doit être compté parmi les ombres (de choses à venir). Quoi d'étonnant, en effet qu'au lever du soleil la lumière des astres s'éteigne ? Eh bien ! c'est cela la nouveauté du ciel et de la terre, au sujet de laquelle Isaïe harangue (Es 51,16 ) - (Es 65,17).
III
L'auteur juif
Question : Si Dieu est (Dieu), pour quelle raison se nomerait-il fils de l'homme alors que, dans de nombreux passage de l'Ecriture, la Loi nous avertit de ne point se faire un Dieu semblable à un humain. Par exemple : « Dieu n'est pas un homme pour mentir, ni un fils d'homme pour se rétracter. » David dit en outre : « Ne comptez pas sur les princes, ni sur l'homme... etc. Pareillement :« Maudit qui met sa confiance en l'humain. » Or toutes ces choses existent en Jésus qui est appelé Fils de l'homme.
Calvin
Question : alors pourquoi Dieu, dans le cantique de Moïse, est-Il appelé « homme de guerre » (Ex 15.3) ? Pourquoi est-ce ! qu'Ezéchiel, dans sa mémorable vision, mentionne un juge assis sur un trône et semblable à un fils d'homme ? Pourquoi Dieu s'attribue-t-Il si souvent à Lui-même narines, yeux, mains et pieds ? Pourquoi Jérémie, en parlant du fils de David, proclame- t-il que le nom YHWH se conjoint avec lui ? Pourquoi est-ce qu'Isaïe appelle le Messie « Emmanuel » (Es 7,14), « Père des siècles», «Dieu Fort» (Es 9,5) ? Pourquoi dans un psaume (45,7) le Messie est-il également, sous la personne de Salomon, paré du nom d'Elohim (Dieu) ? Au reste, la solution de la question est fort simple. La Loi interdit de se faire un Dieu semblable à l'humain afin que sa majesté ne soit pas représentée sous l'image d'un humain, mais par ailleurs Dieu se compare au feu, au soleil, au lion, à l'ours et à la pierre, toutes choses qui sont soit des bêtes brutes, soit des éléments inanimés. Eh bien ! dans le Messie, Dieu n'est pas fait semblable à l'humain, mais, revêtant la chair humaine, il est fait homme de manière à rester sans changement dans sa nature éternelle et immuable. En effet nous ne croyons pas, comme les Juifs l'imaginent en rêve, que Dieu est changé, mais qu'il est manifesté dans la chair tout en restant semblable à Lui- même. Ainsi il n'est pas - au sens humain ordinaire - mensonger ou exposé à la vanité, mais, en raison de sa divinité, il demeure vérité éternelle. Et nous ne plaçons pas notre assurance dans le Messie en raison du fait qu'il est un homme mortel, mais parce que son corps est temple de la divinité, dans lequel la gloire parfaite de Dieu habite et que, dans la mesure ou Dieu est (Dieu), Il répand la puissance vivifiante de son esprit dans la nature humaine. Car à ses serviteurs - cela est évident en de nombreux passages - Dieu ne présente l'assurance du salut nulle part ailleurs que dans le Messie. Par exemple dans la prophétie de Jacob aux livres de Moïse :
en toi les nations espéreront (Gn 49,10). D'où s'ensuit ce que j'ai déjà exprimé, savoir que c'est le même Dieu qui est Dieu-Fort, véritable I Emmanuel, et Fils de l'homme de la lignée de David.
IV
L'auteur juif
Question : il est écrit dans Isaïe (66,17) « ceux qui mangent de la viande de porc, ou des bêtes abominables, souris ou belette, seront tous ensemble consumés - dit YHWH ! » La viande de porc est donc à jamais interdite.
Calvin
En retour examine ce qui est écrit au verset 3 du même chapitre d'Isaïe : celui qui sacrifie un bœuf est pareillement celui qui tue un homme, celui qui immole une brebis est pareillement celui qui abat un chien. Si quelqu'un met cela ensemble pour en déduire que Dieu a horreur des sacrifices, par quelle argutie les Juifs s'en sortiront-ils ? Or la solution dépend de l'abrogation de la pratique légale, dont les Juifs, par ignorance, plaisantent de manière si insensée. Car il fallait observer ce principe : Moïse, dans toutes les cérémonies qu'il a prescrites, se fondait à l'instar d'une règle sur le modèle que Dieu avait montré sur la montagne (Ex 25,40)39. Dès lors, vu que ce modèle s'est concrétisé dans le Messie, il n'y a rien d'absurde à ce que, par sa venue, il efface toutes les ombres (des choses à venir)40.
RÉPONSE DE JEAN CALVIN AUX QUESTIONS ET OBJECTIONS D'UN CERTAIN JUIF
V
L'auteur juif
Question : pourquoi vous affligez-vous41 au sixième jour - jour où (Jésus) a été crucifié selon ce qui est rapporté - alors que par sa crucifixion et ses souffrances, vous êtes délivrés de la géhenne ? Vous devriez plutôt vivre un jour de fête, faire bonne chère, vous réjouir !
Calvin
Question en retour : pour quelle raison à Yom Kippour42, les Juifs plongent-ils leurs âmes dans l'affliction selon la prescription de la Loi ? Ils célèbrent pourtant la réconciliation de l'âme avec Dieu. Il conviendrait donc qu'eux aussi fassent plutôt bonne chère, avec allégresse.Et ce n'est pas une affaire de réfuter leur argutie. Nous reconnaissons que, s'il est proposé par certains de sanctifier le jour de la mort du Christ par le jeûne et l'affliction, il peut s'instituer ainsi sur un mode superstitieux et par mégarde une pratique infondée. Et, à coup sûr, nous ne défendons pas le dévoiement qui règne dans la papauté. Mais rien ne s'oppose toutefois à ce que, dans l'ensemble de leur vie, les croyants célèbrent la mémoire de leur rédemption avec joie et cantiques, et déplorent leur faute devant Dieu avec gémissement et supplication.
VI
L'auteur juif
Question : qu'est-ce que Jésus a fait de plus que tout le reste des saints personnages (bibliques) ? Hénoch et Elie sont enlevés dans les hauteurs43. Moïse a changé l'eau en sang, rendu douces les eaux carrières' conduit Israël à travers le milieu de lamer . Elisée fit couler de l'huile dont furent emplis de nombreux vases, soigna la lèpre de Naaman, et releva deux morts45. Néanmoins nous ne croyons pas qu 'ils aient été des dieux, mais qu 'ils sont des Justes.
Calvin
Contre-question : est-ce que Moïse a relevé un homme d'entre les morts ce qu'Elisée, qui était pourtant d'un rang inférieur à Moïse, a fait ? Il faut aussi reconnaître que Moïse fut plus grand que Josué, son disciple, et que pourtant il n'a pas arrêté la course du soleil pour, de deux jours, n'en faire plus qu'un46. On peut en déduire qu'une opinion sur la supériorité d'une personnalité se façonne faussement à partir de simples miracles.
Mais, puérile, cette objection se résout facilement : il n'y avait pas seulement à examiner quels miracles les prophètes ont accomplis, mais par quelle force (ils l'ont fait). En disant aux disciples qu'ils feront de plus grands miracles que ceux qu'il a lui-même accomplis47, Christ n'a pas voulu les préférer ou les égaler à lui-même, car la gloire des œuvres qui sont exécutées par la main des hommes demeure en ses propres mains, de manière qu'il en soit réellement l'unique auteur. Bien plus ! nous disons même que, quels que miracles qu'aient accompli Moïse et après lui les prophètes, ils émanent proprement du Christ, car celui-ci fut lui-même l'ange que Moïse proclame conducteur et gardien du peuple (Ex 23,20). Parce que, s'il existait parmi les Juifs une petite part de saine appétence, ils admettraient combien la supériorité et dignité du Christ est au- dessus de Moïse, même en matière de miracles : car ce n'est pas par le pain céleste dont Christ nous nourrit, que Moïse a sustenté les pères en vie éternelle et spirituelle49. Mais comme ils sont des impies, voire des chiens corrompus50, rien d'étonnant à ce qu'ils soient absolument dépourvus de goût pour les délices.